Formations Lycée_2025-2026

FORMATIONS LYCÉE ENSEIGNEMENTS OPTIONNEL ET DE SPÉCIALITÉ - 2025-2026

Formatrices : Béatrice Jaffré & Mélie Jouassin

JOURNÉE 1 - MERCREDI 15 OCTOBRE 2025

Formation en lien avec l’enseignement de spécialité en terminale "Paris, capitale des arts dans la première moitié du XXe siècle"

Ressources de l’intervention


JOURNÉE 2 - FORMATION INTERACADÉMIQUE Paris-Créteil-Versailles- VENDREDI 05 DÉCEMBRE 2025

Formation à l’INHA

Interventions de l’académie de Versailles

Lycée Paul Langevin, Suresnes

JOUASSIN Mélie, PINAULT Laure & LE MÉNÉDEU Alix

L’équipe du lycée Paul Langevin, à Suresnes, propose comme fil conducteur de la 2nde à la Tle, un ancrage très fort dans la danse. Cette passion commune créé un lien ténu sur les trois années de scolarité des élèves et permet de travailler en interdisciplinarité avec les Arts plastiques, les Lettres ou la Philosophie.
L’enjeu est double, il s’agit tout d’abord, d’essaimer dans les programmes des études de chorégraphies et d’aborder tous les styles de danse faisant ainsi le pari que le spectacle vivant, la fréquentation des lieux et des ballets classiques, modernes et contemporains offrira une ouverture positive aux élèves qui sont issus, pour la plupart, de milieux modestes. L’équipe pédagogique aspire vivement à amener les élèves là où ils n’iraient pas.
La danse est un art instinctif, moins littéraire que le théâtre, plus abordable que le cinéma (qui a déjà son propre dispositif en lycée). La danse, elle, parle à tous les corps, adolescents ou adultes, on la reçoit en plein cœur, de manière charnelle et évidente. La danse se passe bien souvent de mots et notre objectif pédagogique est de faire vivre aux élèves des moments de grâce, les remuer, les déplacer dans leur expérience sensible et, in fine, les amener vers un ailleurs.

Lycée Lycée Gustave Monod, Enghien-les-Bains

VADELORGE Virginie & ALLIOT Frédéric

En option histoire des arts, le thème de terminale « Musée, musées » est l’occasion de porter notre regard ailleurs. Cet ailleurs est pensé au lycée Gustave Monod d’Enghien-les-Bains comme :
_Un ailleurs géographique : en dehors de l’Europe occidentale
_Un ailleurs culturel : les cultures et civilisations extra-européennes
_Un ailleurs temporel : le futur des musées, le passé et le présent des spoliations et acquisitions.
On peut ainsi faire fructifier en classe deux regards :

I/ un regard sur l’ailleurs extra-européen tel qu’on l’observe dans les acquisitions récentes et la création de nouveaux musées ;
Deux questions simples au cœur du programme permettent par exemple de mettre en œuvre ce regard.
1/ Comment les musées acquièrent-ils des œuvres ?
L’activité proposée aux élèves est de choisir en début de séquence une reproduction dans un corpus qui regroupe des œuvres acquises récemment (après 2010) par divers moyens (achat en vente publique, don, souscription publique, achat conjoint de musées, etc.).
Les élèves produisent tout d’abord une description écrite détaillée de l’œuvre. Puis, ils et elles sont invités à saisir dans un moteur de recherche le nom de l’artiste, le titre de l’œuvre ainsi que le mot « acquisition » pour alors déterminer quel musée a acquis l’œuvre et par quel moyen (éventuellement à quel prix). La fin de la séquence amène chacun à présenter brièvement l’œuvre étudiée au groupe, en insistant sur les modalités d’acquisition puis de produire collectivement une brève synthèse sur ces modalités.

C’est bien sûr dans la constitution du corpus que l’enseignant peut ouvrir et guider le regard des élèves. Au-delà de la contrainte première évoquée plus haut, la vingtaine d’œuvres sélectionnée essaie d’en respecter d’autres plus générales. Il s’agit par exemple de varier les types d’œuvres (peinture sculpture, photographie, mobilier, installation) ou d’être attentif à la présence d’artistes féminines. Deux œuvres d’artistes extra-européens sont aussi proposées :

• El Anatsui, In the World But Don’t Know the World. (2009, fils d’aluminium et de cuivre, 560x1000 cm. Acquisition conjointe du Stedelijk Museum Amsterdam et du Kunstmuseum Bern, avec le soutien de l’Association Rembrandt).
L’installation de l’artiste ghanéen qui travaille au Nigéria est une tenture monumentale comme tissée d’éléments métalliques. Elle suscite au premier regard des questionnements forts chez les élèves. L’observation plus poussée (notamment grâce à des photos de détails) déclenche alors un intérêt franc pour le travail de l’artiste.
• Marcos Lòpes & RES, La conquista. (1991, photographie argentique, 23,8×17,8 cm, œuvre donnée au MOMA en 2024 par la galerie Rolf Art de Buenos Aires via le Latin American and Caribbean Fund). Cette photographie est un élément d’une série témoignant d’un happening qui a pris place au cœur d’une exposition collective de quarante artistes, conçue comme une réponse ironique au cinquième centenaire de la colonisation des Amériques.
Une autre œuvre, d’origine européenne, quant à elle, pose pourtant la question du regard porté et projeté par les européens du 18e siècle sur les populations extra-européennes. Il s’agit du Portrait d’Omaï par Joshua Reynolds (1776, huile sur toile, 236x145,5 cm, acquis conjointement par la National Portrait Gallery et le Musée J. Paul Getty en 2023).
2/ Musées du 21e siècle.
C’est une séquence où l’on découvre et discute des questions géographiques et géopolitiques liées à la mondialisation du phénomène muséal. Après la réalisation d’un croquis illustrant la répartition des musées dans le monde (données Krystof Pomyan, une histoire mondiale des musées), les élèves, par petit groupes, sont invités à lire et comprendre des transcriptions papier de documents numériques (articles en ligne, interview radiophoniques, textes officiels) concernant l’ouverture de nouveaux musées dans le monde. Affirmation nationaliste, volonté de soft-power, tensions liées aux spoliations coloniales ou partenariat avec des institutions occidentales sont en particulier les idées qui nourrissent ensuite les discussions collectives.

II/ un regard sur un ailleurs géographique, culturel et temporel : l’histoire de la restitution de 26 œuvres au Bénin, en Afrique subsaharienne.
C’est un sujet susceptible de mobiliser la curiosité des élèves, mais qui peut soulever des difficultés, notamment celle de trouver un corpus qui ne soit pas trop aride, car savant. L’étude de Dahomey, film de Mati Diop, qui suit pendant dix jours le voyage de retour de 26 Trésors royaux du Bénin, du Quai Branly vers leur patrie d’origine, va pallier une grande partie de ces difficultés. Le film présente plusieurs intérêts :
_Trouver des moyens de monstration des œuvres
_Problématiser les questions sur les restitutions et les rendre concrètes
_Proposer une réponse de cinéma : ce n’est pas un documentaire, mais un « documentaire fantastique » selon Mati Diop, qui va donc donner une forme spécifique à la question des restitutions.
Pour préparer les élèves à la séance, on travaille d’abord sur une chronologie comparée Bénin / France selon un double point de vue : celui de l’histoire politique, et celui de l’histoire culturelle.
Qu’analyser dans le film ?
1/ Une réflexion sur le statut des objets
_La multiplicité des discours sur les objets souligne l’ampleur des questions sur leur statut, et permet de ne pas avoir de réponse ferme sur les sujets abordés
_La technique de montage parallèle crée des superpositions de ces discours, ce qui permet de ne pas établir de hiérarchie entre ces discours et de souligner le statut extrêmement mouvant des objets.
_La mise en scène de différents voyages est un moyen de rendre compte de la façon dont les changements de lieu ont affecté le statut des objets au cours de leur histoire (comme le montre la carte des « translocations » établie par Bénédicte Savoy)
2/ Un renversement des regards et des voix
_En donnant à voir et entendre le point de vue béninois (les regards de nouveaux sujets), via une mise en voix (voix in, voix through) de discours officiels, de discours sur les objets par des spécialistes, de discours fortement incarnés par des étudiants, d’un « discours muet » de personnes silencieuses => une multiplicité de voix pour pallier les voix qui n’avaient pas été entendues jusqu’ici, resocialiser les œuvres et montrer leur réappropriation.
_En donnant à voir et entendre le point de vue de l’objet - étude des éléments qui montrent son point de vue et sa subjectivité : l’usage de la première personne, les effets de caméra subjective, la voix dont est pourvue la statue, une parole poétique prononcée en langue fon, une traduction de cette langue en écriture inclusive - la forme même du film est hybride - des effets « fantastiques » d’animation des objets. Plutôt que de restituer la vue et la vie, le film entreprend de réinventer ces œuvres en les libérant du statut d’objets pour devenir sujets, et renverser les regards, de sorte que « 26 » peut dire : « je me vois à travers vous ».

Que proposer pour nourrir la séquence après avoir étudié ce film ?
1. Insérer Dahomey dans un corpus cinématographique
Intérêts :
a. un corpus cohérent d’œuvres de la même discipline artistique
b. analyser différentes modalités du cinéma sur le même sujet : depuis l’Europe, l’essai filmique de 1953 Les Statues meurent aussi ; depuis l’Europe, mais depuis le point de vue ghanéen, le court-métrage documentaire You Hide Me de Nii Kwante Owoo ; depuis l’Afrique, pour trouver une voix à soi : un extrait de la fiction La Noire de... d’Ousmane Sembène,
Axes d’analyse comparée :
_Le traitement de la voix, comme moyen d’émancipation
_Le traitement des regards des cinéastes : comparer la façon de porter le regard sur les objets
2. Mener des recherches permettant d’écrire, sur la suggestion d’Arno Bertina, la lettre de demande de prêt, de la part d’un conservateur béninois à un musée européen, d’une œuvre européenne, pour une exposition de confrontation à une des 26 œuvres restituées (une œuvre à fonction religieuse, une œuvre à fonction symbolique de puissance par exemple).

En conclusion de cette séquence :
Le film pose la question des modalités d’existence des œuvres aujourd’hui, quand elles sont passées d’un musée à un autre. A cet égard, le film n’est pas une critique radicale des réticences muséales européennes, mais comporte des questions importantes pour l’avenir des musées.
Le film peut nous interroger sur certaines catégories de questions que nous posons traditionnellement aux œuvres (l’originalité d’une œuvre par sa datation et son lieu de production par exemple), et sur un possible ailleurs de notre histoire de l’art.

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